L'Afrique est particulièrement concernée avec notamment la flambée des prix alimentaires qui a eu un impact disproportionné sur les populations vulnérablesdu continent. Au cours du premier semestre 2008, de grandes manifestations populaires contre la hausse du prix des denrées alimentaires s'étaient mulipliées au moment où les coûts des produits de base avaient augmenté de 40 % en moins d'un an, selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM). L'envol des cours du blé, du riz, de l'huile sur les marchés mondiaux conjugué à des récoltes ratées et au manque de régulation des prix faisaient que les réserves alimentaires étaient à leur plus bas niveau depuis trente ans.
Dans plusieurs pays, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants, blessant et tuant de nombreuses personnes qui revendiquaient le droit à un niveau de vie décent, y compris le droit à l'alimentation. Le bilan le plus lourd est à mettre à l'actif des autorités du Cameroun, où au moins 100 manifestants ont été tués.
D'autres manifestations avaient également eu lieu dans d'autres pays, elles ont été également parfois durement réprimées, notamment au Mozambique, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Burkina Faso, en Guinée, au Mali, au Sénégal, en Somalie, en Afrique du Sud, en Egypte, au Maroc ou Mauritanie. Au Zimbabwe, où cinq millions de personnes dépendaient de l'aide alimentaire, le pouvoir est allé jusqu'à utiliser l'alimentation comme une arme politique contre l'opposition, dénonce le rapport.
Cette pénurie est surtout aggravée par la discrimination et la manipulation de l'aide alimentaire à des fins politiques. Cette situation très préoccupante risque de prendre encore plus d'ampleur au vu du ralentissement économique qui se profile au deuxième semestre de cette année en Afrique.
"Si les prix alimentaires ont chuté par rapport à 2008 dans certains pays, les prix restent élevés et volatils"", selon le directeur général de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf. "Lorsque les gens commenceront à exprimer leurs préoccupations et descendront de nouveau dans les rues, la réaction risque d'être la même, met en garde le directeur d'Amnesty pour l'Afrique, Erwin van der Borght. Avec la crise économique actuelle, cela peut recommencer voire s'aggraver dans les mois et les années qui viennent." De quoi entraîner davantage "d'instabilité politique" et "une violence de masse", craint Amnesty International.